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05.05.2008

Crescere

La différence d'âge, j'ai déjà probablement tout entendu dessus. Le meilleur comme le pire. Certes, je m'en fiche pas mal puisqu'avec mon homme, je suis la plus heureuse du monde ! Mais il faut reconnaître que tout n'est pas toujours évident, et que depuis le début de notre histoire, j'ai dû apprendre à accepter des "dommages collatéraux" de ladite différence d'âge. Parmi lesquels son passé, et sa grognasse-pétasse-connasse-poufiasse-blondasse-feignasse d'ex (google va s'affoler). Oui, rien que ça. En fait, ce n'est pas tant elle que j'ai dû accepter mais l'existence d'un passé avec elle. Un passé qui m'échappe. Ils n'ont tellement rien en commun. Mais un passé quand même. Parce que merde, même si nous, ça fait trois ans, ils sont quand même restés dix ans mariés, qu'il y a deux enfants au milieu et que ça ne se gomme pas.

Alors la Bretagne, c'était un défi personnel. Deux ans que je bataillais pour qu'il n'y retourne jamais, et finalement, c'est moi qui me suis retrouvée à y aller. Ironie de l'existence. Il fallait absolument que je parvienne à rester dans un endroit où elle était allée, pour lui prouver, d'une certaine façon, qu'elle n'avait plus aucune once de place dans sa vie, et encore moins dans la mienne, et que je n'avais pas l'intention de me pourrir le reste de mes jours à cause d'elle. Cela semble facile à écrire, mais à vivre, c'est une autre paire de manches.

Je ne sais pas relativiser, et je n'arrive pas à me dire qu'avec moi, la vie peut-être mieux qu'elle ne l'était avec elle. Je ne sais pas pourquoi je me suis ancré dans le cerveau qu'ils avaient vécu ensemble une sorte "d'âge d'or" et que je n'étais que du "re". Oui, il serait "re"marié avec moi, par exemple. Et ça, ça m'ulcère. Il "re"tournerait à New York. Autre exemple. Et le pire du pire, il aurait "re" -me moque de la correction grammaticale de ma phrase- des enfants. Rien de nouveau. Que du réchauffé. Voilà ce qui me mine et m'a fait tant pleurer depuis trois ans.

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Et pour l'instant, elle a un énorme avantage sur moi, elle est la seule à être "la mère de ses enfants", et elle en profite sacrément de ce p..... de "titre", et tant que je n'aurai pas d'enfants, elle se donnera encore trop d'importance. Mais les études d'abord, je ne veux pas finir comme elle, avec une inculture à faire frémir et un emploi si peu considéré.

Nous sommes d'accord, ça ne peut plus continuer comme ça ! Cela tient de la torture, du masochisme pur même puisque je suis la seule à le penser. Mais passer après une histoire importante dans la vie d'un homme plus âgé (je n'ai rien de comparable dans ma petite vie pour ramener ma fraise, quoi qu'il dise !), ce n'est pas chose aisée. Avec le temps, je me dis par exemple qu'avec moi, il est allé pour la première fois DE SA VIE à l'Opéra (je rappelle qu'elle est inculte ET feignasse), toujours pas à la Comédie Française, qu'il a été en Espagne et à Rome, et qu'en trois ans, on a vu bien plus de choses qu'il n'en avait vu avec Grognasse puisqu'elle ne pensait qu'à asseoir son cul sur une plage (elle a quand même réussi à aller à New York en ne visitant AUCUN musée. Remarque, ça m'arrange !). Mais je deviens vulgaire.

Alors bien sûr, ce n'est pas la semaine en Bretagne qui va tout régler du jour au lendemain, mais j'ai appris à relativiser. Je commence à me dire que finalement, peut-être qu'avec moi, c'est mille fois mieux qu'avec elle. On se correspond tellement plus. Que la Grognasse n'était qu'une erreur de parcours. Chère payée, l'erreur, mais passons. Et que ces trois ans sont passés à vitesse grand V, que nous n'en sommes encore qu'au début puisque les premières très grandes étapes d'une vie de couple restent à venir. Et ça me plaît de ne pas me presser. Je peux savourer, comme ça.

Mais ce qui a tout changé en Bretagne, c'est une petite phrase. Une petite phrase qui me conduit à ne plus penser pareil, à arrêter de me déprécier sans cesse, et à arrêter de me miner. Une petite phrase qui redonne envie de profiter de chaque instant. Une petite phrase toute bête pour certains. Mais qui avec la différence d'âge prend un sens très différent, très particulier. Une petite phrase comme un instant enchanteur. Avec ce regard incroyable et ce ton tout doux. Et les papillons dans le ventre.

Il m'a dit que j'étais la femme de sa vie.