09 novembre 2009
20 anni fa
Un souvenir précis, pas le premier mais presque, il y a vingt ans, ces journées de novembre. J'avais deux ans. Assise sur les genoux de mon grand-père, devant la télévision comme un messie. Le monde changeait. Une voix familière dans mon oreille m'expliquait patiemment ces événements dont à l'époque, je n'avais pas idée. Une vague conscience peut-être que ces instants-là comptaient. Je voyais rarement ma famille réunie religieusement devant un écran. Ce que j'ignorais encore : ce pays ne m'était pas étranger. Des racines proches et pourtant inconnues. De l'autre côté du Rhin.
Lorsque le rideau se lève, "de Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique"*. Et surtout, lorsque le mur tombe. Dans cette ville qui fut le noeud de toutes les convoitises, de toutes les tensions, de tous les symboles. Vingt-huit ans de ce mur. Vingt-huit ans de fracture. Lorsque l'histoire se joue sous nos yeux. Chacun sait ce qu'il faisait durant ces heures cruciales. Les heures de tous les possibles, de toutes les larmes, de l'incrédulité.
Aujourd'hui, j'aurais aimé y être. C'était impossible.
Comme un réconfort, 2009 aura pris son envol à Berlin, en février, dix jours intenses. Et une émotion terrible à l'East Side Gallery, où le mur se dresse encore, comme une cicatrice à ciel ouvert, sur un peu plus d'un kilomètre. Une soirée d'hiver, et les lampadaires lancinants. Le froid, le vent, et ce monstre historique, émaillé de ces graffitis cultes. Le baiser de Brejnev et Honecker, la Trabant qui s'échappe, les années décomptées. Nous étions trois ce soir-là à errer dans ce lointain Est berlinois. Française, allemand, hollandais. La dernière génération du mur. Le sentiment de rendre notre hommage, de prendre conscience de ce monde, de notre héritage, et d'une certaine façon de penser.
Il y a vingt ans Rostropovitch jouait Bach devant la page qui se tournait.
07:00 Ecrit par Emeline dans DolceVitaStoria | Lien permanent | Commentaires (9)













Commentaires
Ecrit par : Mlleeli | 09 novembre 2009
moi je me disais que j'aurais tellement aimé être un peu plus âgée, en 89, pour pouvoir comprendre pleinement ce qui était en train de se passer.
j'ai vécu le 11 septembre, j'ai vécu de la dictature au Chili, j'aurais aimé vivre un des plus beaux instants, sans doute, histoire de contrebalancer un peu le reste....
Ecrit par : Camille | 09 novembre 2009
Ecrit par : Poleen | 09 novembre 2009
* Camille : J'aurais aimé être un peu plus âgée aussi pour mieux comprendre ce dont il s'agissait sur le coup... Mon homme me fascine à me raconter son expérience de Berlin en 86, le passage du mur, les VoPo, l'ambiance, la fracture...
* Poleen : On on a aussi vécu d'autres. Et on a cette fierté étrange d'être la génération du mur...
Ecrit par : Emeline | 09 novembre 2009
Tanti baci !!
Ecrit par : Petite fée | 10 novembre 2009
Ce mur, dont on a tant parlé ce 9 novembre, me renvoie à l'image d'une estrade que les visiteurs montaient à les uns après les autres pour regarder de l'autre côté... Je ne suis pas monté, je n'ai pas pu. Le sentiment que cela ressemblait trop à "un cirque", à un manque de respect vis à vis du malheur des autres... Je n'ai jamais regretté d'être resté en bas car oui, il s'agissait bien de la tristesse des autres...
J'ai eu la chance de rencontrer des jeunes de "Berlin est" à cette époque, de parler avec eux dans une discothèque où le bruit de la musique les autorisait à parler "ouvertement" ou presque. Le guide, parlant un français parfait sans avoir jamais mis les pieds en France, ce guide qui accompagnait obligatoirement tous les groupes en visite, ce guide, agent de la Stasi, ce guide ne pouvait pas entendre. Alors ils ont parlé, avec un regard plein de tristesse qui me revient encore en mémoire régulièrement, et l'un d'entre eux à eu cette phrase terrible : "ici, je n'ai aucun espoir pour l'avenir, aucun futur...".
Nous les avons quittés pour rentrer directement en France par le train. Le passage de la frontière.. Les militaires, arpentant les wagons pour vérifier les passeports, mitraillette au point à l'intérieur et mitraillette au point et chiens à l'extérieur pour vérifier qu'il n'y avait personne de cacher dessous... C'est la dernière image que j'ai de Berlin.
Je n'y suis jamais retourné depuis... Mon Berlin à moi est d'une triste beauté... Je ne sais pas ce que disent les jeunes aujourd'hui, je sais simplement ce qu'il disaient hier...
Ecrit par : Didier | 10 novembre 2009
Ecrit par : Marie (Belgique) | 11 novembre 2009
Pour moi 1989 s'était limité à la naissance de mon petit frère. Dire que je vivais protégée petite n'est pas un vain mot ...
Pour autant, comme j'aurais voulu vivre cette période, être en âge de comprendre. J'ai parfois, que dis-je, souvent l'impression d'être née trop tard, de vivre dans une époque où plus rien ne pourra se passer ou en tout cas pas d'évènement aussi marquant que ceux que nous racontaient les profs d'histoire au Lycée.
Mais je pense que c'est tout simplement le manque de recul sur notre quotidien, notre vie qui donne cette impression et que quand on racontera notre jeunesse à nos enfants, eux aussi nous regarderons avec des grands yeux en disant: whaou, tu vivais dans une époque formidable ... enfin je l'espère ...
Des bises
Ecrit par : Elodie | 13 novembre 2009
* Didier : ;) (Merci)
* Marie : Tu as tout à fait raison, ce que tu décris est ce qui m'a fascinée dans cette ville... Et je n'ai pas vu ce film, je note de suite...
* Elodie : Je crois qu'on vit dans une époque particulière, peut-être pas formidable (mais la guerre froide l'était-elle ?) mais très intéressante. On peut comparer le choc du mur de Berlin à celui du 11 septembre, une même rupture entre un monde d'avant et un monde d'après. Je fais mes petites archives, je garde les journaux des grands événements depuis une dizaine d'années, et vue la quantité qui encombre mes placards, il a dû s'en passer des choses ! (Et Obama, c'était pas beau ça ?! ;) ) Bises, miss !
Ecrit par : Emeline | 14 novembre 2009
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